Histoires vécues
© Marie Charbonnier
En 2017, alors qu’elle vient de quitter le Maroc, Asmaa Samlali patiente devant les locaux de France Terre d’Asile, situés avenue Jean Jaurès, dans le 19e arrondissement de Paris. Autour d’elle, des dizaines de personnes campent, espérant être prises en charge plus rapidement. Au même moment, les Français s’enflamment pour Pokémon Go, un jeu vidéo dans lequel les utilisateurs doivent sortir dans la rue pour capturer de petits monstres numériques…. De ce télescopage naît une métaphore certes ludique mais qui cache quelque chose de tragique.
Munie d’une valise et d’un petit écran, Asmaa Samlali convoque au plateau ses propres Pokémons — d’autres exilés, qu’elle a filmé et qui témoignent en vidéo. Sur scène, la comédienne porte elle-même un masque de Pikatchu et démarre ce seul en scène par son propre témoignage. Alternant monologues, slam, et très beaux chants en arabe, Asmaa Samlali raconte sa découverte du lesbianisme dans le Maroc conservateur d’avant les Printemps Arabe. À l’école, elle milite contre le régime, trouve les femmes séduisantes. Puis, au lendemain des soulèvements, est contrainte de s’exiler… Et de devenir Pokémon.
Un témoignage passionnant
© Hélène Harder
Sauf que la suite n’a rien d’un conte de fées. Au commissariat, les autorités françaises – ce pays qui la faisait tant rêver – enchaînent les questions intrusives. Un médecin lui demande de se déshabiller pour l’examiner. À l’école de théâtre, les professeurs lui parlent comme à une enfant. Et, cerise sur le gâteau, les filles avec qui elle enchaîne les rendez-vous se révèlent bêtement racistes. Comment s’intégrer dans un endroit qui, au fond, ne laisse aucune place aux exilés ?